C55DF4 · VOL. II · 22 juin 2026
Gestion & Fiscalité

SAS : définition, caractéristiques et création de la Société par Actions Simplifiée

La SAS est devenue la forme juridique préférée des entrepreneurs français. Voici ses caractéristiques, son régime social, son IS et la grille de choix face à la SARL.

LD
Laurent Desprez
Journaliste fiscalité & gestion
Publié le 22 juin 202610 min de lecture
SAS : définition, caractéristiques et création de la Société par Actions Simplifiée

Prenons un entrepreneur qui hésite entre SARL et SAS pour créer sa société. Statistiquement, il choisira la SAS dans 67 % des cas en 2025, selon les données du guichet unique de l'INPI. La SAS a quasiment éclipsé la SARL en quinze ans grâce à sa souplesse statutaire et à son régime social mieux adapté aux dirigeants. Cet article passe en revue les caractéristiques essentielles de la Société par Actions Simplifiée.

La SAS est régie par les articles L.227-1 et suivants du Code de commerce. Créée en 1994 et profondément remaniée en 1999 puis en 2008, elle combine le formalisme allégé d'une société de personnes et la responsabilité limitée d'une société de capitaux. Sa principale caractéristique : la quasi-totalité des règles de fonctionnement est librement fixée par les statuts.

Les caractéristiques structurelles de la SAS

Responsabilité limitée aux apports

Les actionnaires d'une SAS ne sont engagés qu'à hauteur de leurs apports. Le patrimoine personnel reste protégé, sauf en cas de caution personnelle accordée à un créancier (banque, fournisseur, bailleur). Cette responsabilité limitée constitue l'argument central face à l'entreprise individuelle ou à la société de personnes.

Capital social librement fixé

Le capital minimum est de 1 € depuis 2003. En pratique, 1 500 à 5 000 € sont conseillés pour la crédibilité bancaire. Le capital peut être libéré partiellement à la création (50 % minimum pour les apports en numéraire), le solde dans les cinq ans suivants. Les apports en nature requièrent une évaluation par un commissaire aux apports si l'apport excède 30 000 € ou si l'évaluation totale dépasse la moitié du capital.

Direction par un président

La SAS est obligatoirement dirigée par un président, personne physique ou personne morale. Les statuts peuvent prévoir d'autres organes : directeur général, comité de direction, conseil de surveillance. La répartition des pouvoirs entre ces organes est totalement libre, ce qui distingue radicalement la SAS de la SA (organes obligatoires) et de la SARL (gérance encadrée).

À retenir : la SAS combine une responsabilité limitée classique avec une liberté statutaire quasi totale. C'est cette liberté qui en fait l'outil préféré des entrepreneurs modernes.

Régime social du président

Le président de SAS est assimilé salarié au sens du régime général de la Sécurité sociale, indépendamment de sa détention du capital. Il cotise au régime général sur sa rémunération, à hauteur de 65 à 75 % de son salaire net selon le niveau de rémunération.

La protection sociale est complète : assurance maladie de droit commun, retraite Agirc-Arrco, accident du travail. La seule lacune est l'assurance chômage : le président de SAS, comme tout dirigeant assimilé salarié, n'a pas droit aux allocations chômage en cas de cessation de fonction. La souscription d'une GSC (Garantie sociale des chefs d'entreprise) compense cette absence pour environ 2 à 4 % du revenu annuel.

Voir notre article sur le statut de gérant salarié versus TNS pour la comparaison détaillée avec la SARL.

À retenir : le coût social du président de SAS est sensiblement supérieur à celui d'un gérant majoritaire de SARL, mais la couverture sociale est meilleure. L'arbitrage se fait à la lumière du revenu net effectif et des besoins de protection.

Régime fiscal : IS par défaut

La SAS est par défaut soumise à l'impôt sur les sociétés (IS). Le taux normal est de 25 % en 2026, avec un taux réduit de 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice pour les PME respectant les conditions de l'article 219 b du CGI (CA inférieur à 10 M€ et capital détenu à 75 % au moins par des personnes physiques).

L'article 239 bis AB du CGI autorise l'option pour l'IR pour une durée maximale de cinq exercices, à condition que la SAS exerce une activité commerciale, industrielle, artisanale, agricole ou libérale (hors gestion patrimoniale), emploie moins de 50 salariés, réalise un CA inférieur à 10 M€, et soit détenue à 50 % au moins par des personnes physiques.

Voir notre article sur l'impôt sur le revenu pour les entreprises pour la comparaison chiffrée IR vs IS.

À retenir : le choix par défaut de la SAS est l'IS. L'option IR temporaire de 5 ans permet aux entrepreneurs déficitaires en démarrage d'imputer les pertes sur leur revenu personnel.

SAS, SASU, SARL, EURL : la grille de choix

CritèreSASSARLSASUEURL
Nombre minimum d'associés2211
Régime social du dirigeantAssimilé salariéTNS si majoritaireAssimilé salariéTNS
Souplesse statutaireTrès forteModéréeTrès forteModérée
Entrée d'investisseursFacile (actions)MoyenneFacileDifficile
Régime fiscal par défautISISISIR
Coût social du dirigeantÉlevéModéréÉlevéModéré
Image investisseurs / banquesTrès favorableMoins valoriséeFavorableMoins valorisée

La SAS domine quand l'horizon est la croissance et l'ouverture du capital. La SARL reste pertinente pour une PME familiale où le contrôle reste serré. La SASU et l'EURL sont les versions unipersonnelles correspondantes.

À retenir : la SAS est la forme la plus polyvalente pour une PME en croissance. Son coût social plus élevé est compensé par sa souplesse et par l'accès facilité aux investisseurs.

Création d'une SAS : étapes et coûts

  1. Rédaction des statuts (1 500 à 3 500 € si rédigés par un avocat). La rédaction est la phase critique : tout est statutaire.
  2. Dépôt du capital social en banque (1 € minimum, 1 500 à 5 000 € en pratique).
  3. Publication d'un avis de constitution au journal d'annonces légales (150 à 250 €).
  4. Dépôt du dossier au guichet unique de l'INPI, transmission au greffe.
  5. Obtention du Kbis sous 3 à 15 jours, attribution du SIREN et du SIRET. Voir notre article sur le RCS.

J'ai vu un dirigeant perdre 18 000 € sur des statuts SAS bâclés qui auraient pris cinq minutes à vérifier avec un avocat : la clause d'agrément en cas de cession d'actions avait été oubliée, et un actionnaire minoritaire avait vendu ses parts à un concurrent. Le coût d'une bonne rédaction statutaire est sans commune mesure avec celui d'un contentieux ultérieur.

À retenir : la SAS se crée en deux à quatre semaines pour un coût total raisonnable. La rédaction des statuts est l'étape qui mérite l'investissement principal.

FAQ

Quelle différence entre SAS et SA ?

La SA suppose 2 actionnaires minimum (37 000 € de capital, conseil d'administration obligatoire, commissaire aux comptes systématique). La SAS est nettement plus souple. La SA reste réservée aux structures cotées ou très capitalistiques.

Le président de SAS peut-il être une autre société ?

Oui. La SAS est l'une des rares formes qui admet une personne morale comme président. Cette possibilité est utile pour les groupes (la holding préside la filiale). Voir notre article sur le statut juridique d'entreprise pour les structurations possibles.

Combien de salariés peut compter une SAS ?

Pas de limite. Toutes les obligations sociales classiques s'appliquent. Une SAS de 200 salariés se gouverne comme une SAS de 5, sauf si les statuts prévoient des organes spécifiques (conseil de surveillance, comité d'audit).

La SAS peut-elle être cotée ?

Non. La SAS ne peut pas faire d'appel public à l'épargne (article L.227-2 du Code de commerce). Pour une introduction en bourse, la transformation en SA est obligatoire. Le retour en SAS est cependant possible après une éventuelle sortie de cote.

Comment passer d'une SARL à une SAS ?

Par décision collective des associés à l'unanimité (article L.227-3 du Code de commerce). La transformation suppose la rédaction de nouveaux statuts, l'intervention d'un commissaire à la transformation, et une mise à jour au greffe. Coût total : 2 500 à 5 000 €. Délai pratique : six à huit semaines.

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Laurent Desprez
Journaliste fiscalité & gestion